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News
05.04.2000 :
Les
licenciements annoncés par Swisscom mettent Moritz Leuenberger dans
l'embarras
(Par
Bernard
Wuthrich, Berne
du journal "Le Temps")
Les
suppressions d'emplois ont déjà contribué à élargir le soutien
au référendum contre la loi sur le personnel fédéral, qui ne
concerne toutefois pas Swisscom.
Resté muet jusqu'à maintenant, le ministre de Tutelle des
anciennes régies fédérales subit les critiques de plusieurs de
ses amis socialistes. Il pourrait sortir de son mutisme ce mercredi
Les
suppressions d'emplois annoncées par Swisscom
placent Moritz Leuenberger dans une situation
inconfortable. Parce qu'il est à la fois ministre de
Tutelle des entreprises nées de la scission des PTT
et socialiste. Les membres de son parti attendent
qu'il s'engage pour défendre un service public fort
et de bonnes conditions d'emploi dans les entreprises
dont la Confédération est encore l'actionnaire
majoritaire, ce qui est le cas chez Swisscom. Or, le
silence observé jusqu'à maintenant par le
conseiller fédéral désécurise la base, car les
mesures annoncées s'inscrivent dans un processus de
libéralisation qui déstabilise les employés. Et
pas seulement ceux de l'entreprise de télécommunications:
les cheminots et les postiers, pour qui la mue
structurelle ne fait que commencer, suivent le
dossier de près et ce qui se passe chez Swisscom ne
manque pas d'influencer le référendum annoncé
contre la loi sur le personnel fédéral.
Ainsi, lundi, le Syndicat de la communication a décidé,
par 108 voix contre 1 et 2 abstentions, de soutenir
ce référendum. «Après les événements survenus
vendredi, cela ne m'étonne pas. Avant cela, il y
avait une certaine retenue parmi nos membres de la
branche télécommunications. Mais le résultat très
net de lundi est clairement la conséquence des décisions
prises par Swisscom», commente le secrétaire général
du syndicat Hans-Ueli Ruchti. La loi sur le personnel
fédéral ne concerne pourtant pas les 20 000
collaborateurs de Swisscom. Les conditions de travail
de ces derniers seront en effet régies par la loi
sur les télécommunications. La loi sur le
personnel, elle, s'applique aux 105 000 employés de
l'Administration fédérale, de La Poste et des CFF.
Le Syndicat des transports (SEV) semble lui aussi
s'acheminer vers le référendum. Son comité
directeur va proposer de le soutenir ce mercredi lors
de l'assemblée de l'Union fédérative du personnel
des administrations et des entreprises publiques
(UF), organisation faîtière présidée par
Hans-Ueli Ruchti. La voie choisie par le SEV ne
manque pas de surprendre, car ce syndicat a négocié
avec les CFF une Convention collective de travail
(CCT) qu'il a applaudie des deux mains. Pourquoi les
cheminots veulent-ils cautionner le référendum? Si
l'on en croit le conseiller aux Etats Michel Béguelin,
ancien dirigeant du SEV, c'est encore la faute à
Swisscom. «Cette CCT est sans doute la meilleure
possible dans les conditions actuelles. Mais la loi
sur le personnel ouvre la porte à tout et à
n'importe quoi à l'échéance de la CCT à fin 2003.
Or, quand on voit ce qui se passe chez Swisscom, la
Confédération n'apparaît plus comme un employeur
crédible. On peut donc craindre de vivre la même
chose aux CFF ou à La Poste dans quatre ou cinq ans»,
critique-t-il.
Les décisions de Swisscom pèseront sans doute sur
les débats que les délégués de l'UF tiendront ce
mercredi à Berne. «L'affaire Swisscom sera présente
dans la salle», pronostique Hans-Ueli Ruchti. Quelle
que soit finalement la décision de l'UF, le front
syndical ne sera pas uni. Si les cheminots, les
postiers et le personnel de la communication sont
favorables au référendum, tel n'est pas le cas des
fonctionnaires de l'administration générale ni des
syndicats chrétiens, qui sont toutefois
minoritaires. Le comité référendaire pourra se
consoler en apprenant qu'il disposera d'une semaine
de plus que prévu pour récolter les signatures. En
effet, pour des raisons apparemment techniques, le
texte de loi n'a pu être publié dans la Feuille fédérale
de mardi. Il ne sera publié que mardi prochain, ce
qui a pour effet de décaler le délai référendaire
d'une semaine (il durera jusqu'au 19 juillet).
Tensions
Le lien établi entre les décisions de Swisscom et
le référendum contre la loi sur le personnel
traduit l'irritation d'une partie de la gauche,
notamment romande, contre Moritz Leuenberger. «Le
Conseil fédéral et notre ministre m'ont déçu. Ils
disent que l'opérationnel n'est pas de leur compétence.
Il faut que la politique reprenne le dessus», s'énerve
le socialiste neuchâtelois Didier Berberat. «Je
m'indigne de l'indifférence de Moritz Leuenberger et
j'ai demandé à la direction du parti de régler ce
problème», renchérit Michel Béguelin. La
situation est suffisamment tendue pour que Moritz
Leuenberger aborde le problème Swisscom lors de la séance
du Conseil fédéral de ce mercredi. Il devrait en
principe sortir de son mutisme à l'issue de cette réunion.
«L'arrière-pensée
des privatisations»
Pierre-Yves
Maillard soutient le référendum et ne mâche pas ses mots
concernant l'attitude de son camarade de parti Moritz Leuenberger.
(Par
Agnès
Wuthrich
du journal "Le Temps")
«Dire
qu'un service public peut fonctionner dans un environnement même
partiellement libéralisé tient de la naïveté, voire de
l'hypocrisie.» L'engagement de Pierre-Yves Maillard dans ce domaine
ne date pas d'hier. En 1996 déjà, le conseiller national vaudois
s'était battu en vain pour que les socialistes s'opposent au
divorce entre La Poste et les télécoms. Selon lui, la
privatisation de Swisscom et ses récentes conséquences sur
l'emploi parlent d'elles-mêmes. Il ne mâche pas ses mots
concernant l'attitude de son camarade de parti Moritz Leuenberger,
choqué non par sa vision divergente de la fonction publique, mais
«parce que les choses se font en douce». Face aux milliers de
licenciements annoncés chez l'opérateur, la Confédération doit
intervenir en tant qu'actionnaire: «Difficile de protester lorsque
Novartis supprime des emplois à tour de bras, et de ne pas bouger
lorsqu'une entreprise dont on détient les 2/3 fait de même...»
C'est précisément parce qu'il juge insuffisante la protection
contre les licenciements proposée dans la nouvelle loi sur le
personnel que Pierre-Yves Maillard soutient le référendum. Salaire
au mérite ou interdiction partielle du droit de grève figurent également
sur la liste. Pour autant, il est persuadé que des réformes
s'imposent, suppression des nominations, instauration d'une
protection maternité et du partage du temps de travail par exemple:
«Sans l'arrière-pensée des privatisations, ce serait un chantier
passionnant.» Mais il y a des acquis auxquels il ne faut pas
renoncer. Pour Pierre-Yves Maillard, la Confédération doit se
poser en employeur modèle face aux géants du privé. Cela implique
notamment qu'elle «s'interdise les licenciements économiques».
Trop cher? «Les bénéfices de La Poste et de Swisscom se comptent
en centaines de millions. Quant aux CFF, ils approchent des chiffres
noirs.»
Restent les ambitions européennes de la Suisse: en particulier dans
la téléphonie, comment justifier un Etat très présent, voire un
monopole, lorsque les pays alentour libéralisent? Pierre-Yves
Maillard est prudent, persuadé qu'en matière de privatisations,
l'Europe reviendra sur ses pas: rachat des entreprises par les Etats
ou même création d'un service public européen. «Pragmatisme»:
tel doit être, selon lui, le maître mot dans la gestion du service
public. Concrètement, le gros du gâteau – dans les télécoms,
la téléphonie fixe – resterait aux mains de l'Etat. Tandis que
des secteurs tenant moins du service public – les communications
mobiles – pourraient être livrés à la concurrence.
«Le
référendum n'est pas le bon moyen»
Peter
Vollmer fait partie de la douzaine d'élus
socialistes qui s'opposent au référendum que leur
parti a décidé d'appuyer.
«Je peux comprendre que ce qui se passe chez
Swisscom ébranle les gens. Mais ce n'est pas en lançant
le référendum contre la loi sur le personnel qu'on
résoudra le problème. De plus, le maintien du système
en vigueur serait, pour de nombreux employés, une
solution bien pire que la nouvelle loi», s'emporte
le conseiller national bernois Peter Vollmer, qui fut
secrétaire du syndicat VPOD jusqu'à l'année dernière.
Il n'a jamais soutenu le lancement de référendum et
n'a pas changé d'avis. Il reproche au Statut des
fonctionnaires une rigidité excessive qui a conduit
les CFF et La Poste à instaurer des régimes
particuliers pour toute une série d'employés. Par
ailleurs, la nouvelle loi devrait améliorer la
situation de femmes peu qualifiées dont le travail
à La Poste n'est régi que par le Code des
obligations.
Avec Simonetta Sommaruga, Rudolf Strahm et quelques
autres, Peter Vollmer fait partie de la douzaine de
parlementaires socialistes alémaniques qui se sont
opposés au référendum que leur parti a décidé
d'appuyer. Ils considèrent que la nouvelle loi offre
des avantages supérieurs aux désavantages qu'elle
contient. Ils ont vainement défendu leur point de
vue au sein du groupe socialiste, mais ils se sont
fait mal voir. La situation est devenue si tendue
qu'ils n'ont même pas osé approuver la loi au vote
final: ils n'ont eu le choix qu'entre l'abstention
(solution choisie par les trois précités) et la désertion
(solution fréquemment utilisée par ceux qui n'ont
pas envie de participer à un vote qui les
embarrasse). Peter Vollmer continuera cependant de
militer contre le référendum et de défendre la
loi. Rudolf Strahm, lui, s'astreint au silence. «Je
me suis abstenu et continuerai de m'abstenir. Je ne
suis pas à disposition pour prendre position pour ou
contre cette loi», fait-il savoir, ce qui peut être
clairement interprété comme une prudente opposition
au référendum.
Et l'affaire Swisscom ne changera rien à l'affaire.
«Je peux comprendre que les gens fassent un lien
psychologique entre Swisscom et la loi sur le
personnel, car ce qui se passe chez Swisscom
bouleverse la notion de service public. Mais le référendum
est une mauvaise réponse à ce problème», plaide
Peter Vollmer, qui, lui aussi, reproche à Moritz
Leuenberger son silence. «Il a une grande
responsabilité et doit jouer son rôle. Le Conseil fédéral
doit démontrer sa sensibilité d'employeur. Il doit
intervenir pour que Swisscom relève le défi de la
concurrence internationale d'une manière socialement
supportable», ajoute-t-il.
B. W.
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