|
News
11.04.2000 :
Ericsson
n'a pas perdu le fil
Après
un début 1999 catastrophique, le groupe a pu stopper l'hémorragie
lors du deuxième semestre. Rencontre bilan avec Bo Albertson,
directeur de la communication et du marketing.
(Par
JEAN-COSME DELALOYE, STOCKHOLM du journal "24heures")
Tel un gros champignon,
Kista a brutalement jailli de terre. Articulée autour des bureaux
et usines d'Ericsson - le géant suédois y emploie quelque 9000
personnes - cette ville de la banlieue de Stockholm s'est en effet
vite transformée en Silicon Valley scandinave. Attirant tout ce qui
se fait de mieux dans le domaine de la haute technologie et
contraignant Ericsson à partager la vedette dans «sa» ville avec
d'autres multinationales telles que IBM, Tele 2 ou encore Nokia.
Concurrent de toujours,
ce dernier a vu ses résultats grimper en flèche l'année dernière
pendant que le géant suédois voyait les siens sombrer, lors d'un
premier semestre catastrophique, et se reprendre quelque peu dans
les trois derniers mois de 1999. Bo Albertson, directeur de la
communication et du marketing chez Ericsson, revient sur les déboires
et espoirs de son groupe. Un avenir qu'il qualifie d'ailleurs de
radieux grâce au Wap notamment, l'accès à Internet par le téléphone
portable.
- Bo Albertson, lors du
dernier trimestre 1999, Ericsson a pu inverser la tendance négative
du début de l'année dernière...
- C'est vrai que nous
avons connu trois mois excellents, tant sur le plan des
infrastructures que sur celui des appareils. Nous avons pu livrer
notre dernier modèle en grandes quantités, ce qui nous avait causé
pas mal de soucis car nous avions presque une année de retard.
Sortir ce modèle était vital car, contrairement à il y a quelques
années, le marché du portable est devenu un véritable marché de
consommation. Et quand l'utilisateur veut quelque chose, il n'est
pas prêt à patienter pour l'avoir. La concurrence est telle
aujourd'hui qu'il faut sortir tous les ans à peu près un modèle
qui ait l'air nouveau, même si la technologie à l'intérieur de
l'appareil ne l'est pas.
- N'est-ce pas justement
le contraire de ce que vous avez fait jusqu'à maintenant?
- C'est vrai que par le
passé nous nous sommes concentrés beaucoup plus sur la technologie
à l'intérieur du téléphone que sur son aspect. Avec le T18, je
crois que nous sommes arrivés à concilier les deux. Et il ne faut
pas non plus oublier que l'année dernière nous avons lancé 20
nouveaux produits, soit plus que les années précédentes.
- Dans un futur proche,
le marché du téléphone portable semble devoir se consolider
encore, ce qui risque d'être fatal à certains fabricants.
Pourrait-on imaginer qu'Ericsson ne se concentre que sur son activité
principale - les infrastructures - et qu'il délaisse la fabrication
des appareils?
- Non, la fabrication des
appareils fait toujours partie de nos plans. Nous pensons que c'est
un avantage d'être actifs aussi bien sur le marché des
infrastructures que sur celui des consommateurs. Cela nous permet
d'offrir des solutions globales. Il n'est donc pas question de
diviser Ericsson.
- L'arrivée de la
concurrence japonaise ne vous fait-elle pas peur?
- Les fabricants japonais
vont effectivement essayer de renforcer leur position en Europe, car
jusqu'à présent ils se sont plutôt concentrés sur leur propre
marché. Ils vont donc essayer de profiter de la troisième génération
de téléphones mobiles pour arriver en force et il faudra compter
avec des marques comme Panasonic, Sony ou Samsung. Mais parallèlement,
le marché va continuer à s'accroître. En ce qui nous concerne,
nous voulons faire passer nos parts de marché de 12 à 15%.
- Le marché des
appareils étant très volatile, pourquoi donc ne pas viser plus
haut?
- Nous voulons d'abord
repasser la barre des 15% car nous pensons que c'est un but réalisable
dans un futur proche. Après nous verrons.
- Vous avez aussi eu de
la peine à lancer vos appareils Wap (Wireless Application Protocol)
permettant à Nokia de s'implanter sur ce marché...
- Nous avons
effectivement connu quelques retards dans la livraison de nos
appareils R320, mais nous sommes désormais prêts à lancer ce modèle
au cours du 2e trimestre de cette année. Quant à Nokia, qui est
notre seul concurrent sur ce marché, la compagnie connaît aussi de
gros problèmes de livraison de ses appareils.
- Le Wap n'étant pas
Internet sans fil mais plutôt un accès à Internet, ce protocole
souffre actuellement d'un manque de pages à son format. Le Wap
va-t-il tout de même décoller cette année?
- Oui, cette année va être
l'année du Wap. Jusqu'à maintenant celui-ci a souffert de la
pauvreté de ses contenus. La technologie est comme un sac: il faut
le remplir. Et c'est justement ce qui est en train de se passer
maintenant. Nous avons déjà signé un accord avec AOL Europe et
d'autres devraient suivre. De plus en plus de compagnies proposent
leurs services par le Wap et remplissent ce sac. C'est donc en train
de bouger. Et le succès du i-mode au Japon (n.d.l.r.: Wap japonais)
nous prouve que nous sommes sur la bonne voie.
- En décembre, Ericsson
a signé un contrat avec Microsoft pour développer un web browser
et l'accès e-mail à partir de téléphones mobiles et
organisateurs de poche. Et pourtant vous faisiez déjà partie de
Symbian, un consortium avec un but analogue dans lequel on retrouve
Psion, Motorola, Matsushita et Nokia. Allez-vous y rester?
- Oui, il n'est pas
question pour nous de quitter Symbian. Il s'agit de deux projets qui
ne s'excluent pas et que nous entendons mener en parallèle.
- Dans ces conditions, à
quand Internet dans son téléphone mobile?
- Il faut se rappeler que
le téléphone portable ne remplacera jamais l'ordinateur. Mais
Internet mobile va voir le jour, notamment grâce à des écrans en
couleur et plus grands. L'arrivée du nouveau standard UMTS, d'ici
à 2002, va permettre d'accroître la vitesse de transmission des
données. A ce moment, il sera vraiment possible de dire que l'on a
son bureau dans sa poche.
- Quant à l'avenir
d'Ericsson, un rapprochement avec les Américains Lucent ou Cisco
est-il envisageable?
- Je ne peux pas me
prononcer à ce sujet. Nous ne commentons jamais ce genre de
suppositions.
|